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Restauration du Loud

Le bordage du Loud

Au début du mois de janvier le Loud arrive sur le chantier de la Plagette avec un bordage en piteux état.
Certains bordés disjoints pendent dans le vide !

Les balanes remontent jusqu’à la lisse, elles sont le témoin d’une immersion prolongée du bateau. Les bordés étant à nu, sans peinture protectrice ils ont été attaqués par des limnorias, sorte de petits crustacés qui perforent le bois de multiples galeries millimétriques. Le bois est attaqué localement sur toute son épaisseur et laisse des trous béants dans la coque.

Plus grave encore, on peut observer les dégats causés par les tarets ! Ce fameux mollusque qui dévore le bois des bateaux. Christophe Colomb, en son temps en avait fait les frais !
Dans ces conditions, nous n’aurons pas d’autres choix que de remplacer l’intégralité du bordage du Loud.
C’est dans cette perspective que nous avons entrepris d’établir les plans de son bordage, et quelques vieilles photos vont nous renseigner sur la façon de procéder.

Petit lexique :
Bordé : Plusieurs bordés mis bout à bout de l’avant à l’arrière du bateau, forment une virure.
Adent : Désigne le bordé court, de forme triangulaire, également nommé dague, assemblé à un autre bordé pour le compléter en largeur.
Ecart : jonction verticale de 2 bordés. 
Clore : le dernier bordé posé servant à clore la coque du bateau.
Border à franc-bord : les virures sont assemblées bord à bord, leur jonctions seront calfatées.

Le Loud est bordé à franc-bord avec des planches en pin, larges de 150 mm, les plus grandes longueurs font 5,10 mètres.

Ce qui est remarquable c’est la muraille, la partie verticale de la coque, qui sur chaque bord est constituée par 3 virures disposées sous le liston, la plus base affleurant la ligne de flottaison.
Toutes les autres virures se biseautent sous la muraille.


Le fond plat du bateau est fermé par 4 virures de chaque côté de la planche de quille, le galbord, le ribord et deux autres virures qui reviennent à la verticale sur l’étrave et sur l’étambot. Pour rattraper les largeurs aux retours de galbord des adents ont été nécessaires.
À tribord il y en a un au dessus du galbord et un autre au dessus du ribord. À bâbord la répartition est différente !

Le bouchain, la partie la plus arrondie de la coque est fermée par 3 virures, chacune en pointe aux extrémités ajustées sur la base de la muraille.
Sur chaque bord, à l’endroit le plus rond, on trouve un double adent relativement étroit qui fait office de clore, dernière virure à poser pour fermer la coque.
À tribord il est au dessus de la denière virure de bouchain alors qu’ à bâbord elle est en dessous !

On peut remarquer que les deux côtés du bateau ne sont pas symétriques, mais on a pour chaque bord la même répartition en nombre des virures : 3 pour la muraille, 4 pour les fonds, et 3 pour le bouchain. De même on retrouve 2 adents à l’avant et et 2 à l’arrière ainsi qu’un double adent au bouchain. Seule leur largeur ou leur position peut être différente.

En ce qui concerne la distribution des écarts, la plupart d’entre eux sont en quinconce dans la partie centrale de la coque.
Cependant du côté tribord on observe de la muraille au bouchain une distribution en escalier, ce qui n’est pas très conforme aux règles admises. Lors de la restauration du Loud il sera aisé de croiser les bordés différemment de façon à rétablir un équilibre.

Ces quelques photos prises au début de l’année 1994 à Kerkennah nous renseignent sur le déroulement des opérations pour placer les bordés.

Après avoir réalisé les ponts et le vaingrage ( bordés intérieurs du bateau qui renforcent les serres bauquières ) le bordage de la coque peut commencer.
D’abord par la pose de la muraille sur chaque bord.

Pour ensuite fermer le fond du bateau en laissant un espace pour les adents à proximité de l’étrave et de l’étambot.

Encore la dernière virure de bouchain et les adents du côté de l’étrave à poser.

Reste à clore la coque au bouchain avec un double adent et à en placer un dernier du côté de l’étrave.

Les charpentiers ont fini par l’adent d’étrave au desus du galbord.

Pour la restauration du Loud nous aurons à respecter l’ordre adopté par les charpentiers de Kerkennah, à savoir commencer par la muraille, pour ensuite poser les fonds et finir par le bouchain.
Il serait prudent de démonter les bordés et de les remonter au fur et à mesure pour préserver la rigidité de la coque.

11 réponses sur « Le bordage du Loud »

Superbe travail d’analyse de documents et de traçage réalisé par Joël Coeffic!
Nous disposons désormais des éléments qui permettraient de réaliser une réplique neuve du loude de Bouguiba,. Pour notre part, nous nous contenterons de redonner vie à notre réplique d’origine et nous avons hâte de nous remettre au travail pour poursuivre la restauration que l’épidémie a malheureusement interrompue.

Beaucoup de travail en perspective. …
Aujourd’hui prenez bien soin de vous pour que demain
vous puissiez continuer ce beau projet
Amitiés

Tenir bon de lentretien , il faut le mettre en cale séche deux fois / an avec une seul peinture du coque.

Un beau travail de restauration
Je connais les îles kerkennah berceau des lourds et suis très sensible à la renaissance de cette embarcation emblématique

De Kerkena ; tout près de la copie du loud au musée, j’envoie
mes salutations les plus respectueuses pour toute l’équipe. un travail énorme et colossal. Avec mes respects
Amicalement

Magnifique travail.
Il faut des passionnés comme vous pour préserver notre patrimoine, notre passé. Bravo mille fois.
Bientôt vous pourrez continuer cette belle ouvrage.
Michelle

Je ne pensais pas du tout qu’en amenant ce loud au musée vivant de la voile latine de Barcarès; il aurait une telle vie. Surtout une reconnaissance ethno marine à ce point. Bonne renaissance et plaisir aux acteurs .

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